• Dandelion
  • Ladybird
  • Yoga
  • Out
  • Soldier_desert
  • Fish_market
  • Transparent_grass
  • Birds_freedom
  • Chaine
  • Capture

24 septembre 2006

La propagande du quotidien

Dandelion
Le prix recommandé est de 6 euros, sa lecture aussi accessible que son prix. Aux éditions Raisons d'agir (www.homme-moderne.org/raisonsdagir-editions/), Eric Hazan, directeur des éditions La Fabrique (www.lafabrique.fr), nous gratifie d'un petit livre de 122 pages, LQR, La propagande du quotidien. LQR pour Lingua Quintae Respublicae, la langue de la cinquième république, par analogie avec la LTI - Lingua Tertii Imperii, Notizbuch Eines Philologen la langue du III° Reich telle qu'analysée par le linguiste Victor Klemperer. A lire d'urgence. Je n'en citerais que l'exergue, tant le résumer enlèverait de sa pertinence à cet ouvrage.

"Il s'agit de faire le tableau d'une sourde oppression que toutes les sphères sociales exercent les unes sur les autres, d'une maussaderie générale mais inerte, d'une étroitesse d'esprit faite d'acceptation et de méconnaissance, le tout bien encadré par un système de gouvernement qui, vivant de la conservation de toutes les vilenies, n'est lui-même que la vilenie au gouvernement." Elle est de Karl Marx, dans son Introduction à la Critique de la philosophie du droit de Hegel.

Eric Hazan, LQR, La propagande du quotidien. Editions Raison d'Agir. ISBN 2-912107-29-6

Fragile

Ladybird

"Sur les photos, les gens paraissent invincibles, indéracinables; pourtant, si on regarde bien, on perçoit un petit frisson, un tremblement léger. Parce que. C'est l'éternité qui est fragile. Pas la vie." (adapté de J.M.G. Le Clézio.Révolutions).

J'aime cette idée qui dit que ce qui est fragile est ce que nous faisons de la vie, l'idée que nous avons d'elle, en deça ou au-delà d'elle. La vie, au fond, s'en fout. Elle est. Héraclite, Anaxagore, avaient raison. Platon l'a bien compris... au moment de mourir. Rien de pire qu'une hiérarchie qui te fait du néant sortir dans la lumière : divine verticalité.

30 août 2006

Collatéral

Yoga

Amesty International a rendu public son rapport sur la deuxième guerre du Liban. Quelques extraits sont ici :

"L'aviation israélienne a lancé plus de 7 000 attaques aériennes contre quelque 7 000 cibles au Liban entre le 12 juillet et le 14 août, tandis que la marine effectuait 2 500 autres bombardements (1). Très nombreuses, les attaques ont été particulièrement concentrées sur certaines régions. Outre les victimes civiles directes – on estime que 1 183 Libanais, dont un tiers d'enfants, ont été tués (2), 4 054 autres blessés et 970 000 déplacés (3) –, les infrastructures civiles ont été gravement endommagées. Selon le gouvernement libanais, 31 «points vitaux» (aéroports, ports, stations hydrauliques et d'épuration, centrales électriques) ont été totalement ou en partie détruits, de même qu'au moins 80 ponts et 94 routes (4). Plus de 25 stations-service (5) et environ 900 entreprises ont été touchées. Plus de 30 000 habitations, bureaux et magasins ont été détruits (6). Deux hôpitaux publics – ceux de Bint Jbeil et de Meiss ej Jebel – ont été complètement détruits par les attaques israéliennes et trois autres ont été gravement endommagés (7).
Plus de 25 p. cent de la population de ce pays, qui compte moins de quatre millions d'habitants, a pris la route.
"

(...)

"Des porte-parole du gouvernement israélien ont soutenu que les positions et les installations logistiques du Hezbollah étaient la cible des attaques, et que les dommages causés aux infrastructures civiles étaient accidentels ou dus au fait que le Hezbollah utilisait la population civile comme bouclier humain. Toutefois, ces justifications ne sont guère crédibles étant donné les caractéristiques des attaques et leur ampleur, ainsi que le nombre de victimes civiles et l'importance des dommages. On a de bonnes raisons de penser, d'après les éléments disponibles, que, loin d'être des «dommages collatéraux» – c'est-à-dire des dommages aux civils et aux biens de caractère civil causés incidemment par des attaques contre des objectifs militaires –, la destruction de grande ampleur des ouvrages publics, des installations et réseaux électriques, des habitations et des équipements industriels était délibérée et faisait partie intégrante de la stratégie militaire."

.Le rapport d'Amnesty International est ici.

24 août 2006

Thème

Out
Parce que ma vie actuelle est traversée de long parcours automobile, j'ai remarqué que la soupe musico-médiatico-radiophonique s'épice de chansons à thèmes. Aux senteurs de révolte fashion, où la lutte des classes, les grands problèmes de notre temps, ..., etc., s'habillent d'une touche intimiste, discrètement égocentriste. Qui donnent des textes aussi percutants que :

"Je pense,
Et je danse,
Devant ce monde rance,
Qui n'entre en transe,
Qu'en se remplissant,
La panse."

Hey, Brother ! Comme le disait l'illustre littérateur, à force de poëter plus haut que son cul, on se retrouve avec de la merde derrière les oreilles.

25 juillet 2006

Brèves

Proverbe arabe : "La main qui reçoit est toujours sous la main qui donne."

Dialogue :

"Tu sais, je déménage en ce moment. C'est incroyable ce que l'on peut amasser en 10 ans, je n'en reviens pas,
- C'est une maladie, ça,
- ?
- Ca s'appelle l'abondance."

Dedicated to A and A

18 juillet 2006

Otages

Soldier_desert
3,5 millions. Le nombre permet de changer d'échelle. De ne plus parler d'acte terroriste, mais de conflit. Un conflit dans lequel - à l'instar des prises d'otages - les négociations entre les malfaiteurs et les forces de l'ordre permettent de faire le tri. J'ai appris avec soulagement que les français du Liban commencaient à être rapatriés. De même que les ressortissants des Etats-Unis, du Canada, de l'Union Européenne. Les autres ne sont pas des victimes. Des coupables, certainement. Coupables d'avoir osé la démocratie, tutoyé les dieux, dévoilé leurs femmes, chanté le vin et l'ascèse. D'avoir été le fer de lance de la renaissance arabe, au grand dam à l'époque des puissances anglaise et française. Coupable de n'avoir su gérer plus intelligemment une population de réfugiés. D'avoir osé l'indépendance.

Un pays s'écroule. Les plages de Tel Aviv résonnent des cris des enfants insouciants (France Inter, flash du 18 juillet 16h00). Pas de mots, pas de cris, aucun son du Liban. Les immeubles de Beyrouth s'écroulent sans bruit.

Un silence d'enterrement.

07 juillet 2006

Economie communiquante

Fish_market
On aura assez dit, écrit, commenté, dé-commenté, encensé, exorcisé l'économie de marché. On aura assez dit de ce néo-bouleversement, de ce néo-gouvernement. Largement disserté sur le global village, Paris New-York Tokyo almost there, ses vertus enchanteresses d'abolitionnisme de particularismes archaïques, glorifié à la Virilio l'ivresse de la vitesse et la magie de l'instantanéité. On aura assez alerté sur le coût humain et écologique de l'économie néo-libérale. Assez, pour que je n'aille, à mon tour, et avec bien moins de talent, entretenir de sa sauvagerie ordinaire.
Celle qui s'exerce sur ceux-là mêmes censés en recevoir straightforward les bienfaits. Et dont je fais partie (en vieillissant avec sûrement moins d'hypocrisie). Classons moi donc dans la catégorie des bobos, bourgeois bohême, cheveux longs et métier à risque, friand de new tech, limite geek. Avec à l'approche de la cinquantaine, le catalogue de vraies et fausses bonnes raisons qui font que. L'on croit savoir discerner, selon le degré requis d'introspection, ce qui sépare la réussite sociale de la réussite tout court.
Bien. J'aménage un loft dans une usine d'une ville précédemment ouvrière, dans une région précédemment ouvrière et assume le caractère péjoratif de la "réhabilitation des friches industrielles" chère aux coeurs de nos urbanistes par ici. Non je n'entrerais pas dans le débat d'image du lofteur et de l'imitation. J'assume. Pour la belle histoire de ce que celà a été pour nous, ma ch'tiote bellote et mi, la valeur de ceux qui nous ont accompagnés, ont conçu, construit ici. J'assume pour le vertige du vide et la parabole du dépouillement. Nous emménageons donc, et jusque là, isolés que nous étions dans notre petite compagnie d'artisans, notre maître d'oeuvre et nos caprices à deux ou trois balles (parfois plus), notre histoire de pierre et de toit, nous voilà d'un coup reprojeté dans la vraie vie ordinaire. Qu'on avait dû quitter. Pas exprès.

Débarquement sur les terres EDF, GDF et France Telecom. "Qui nous doivent plus que la lumière", dont la "véritable énergie c'est nous" et qui nous ont promis "plus que l'an 2000". Oui ceux-là. Première règle : ne les appelez pas d'un téléphone à cadran, celui-là même récupéré dans une brocante et que vous avez trouvé si délicieusement kitch. Touches et impulsions idoines obligatoires, lisez la notice nom de nom, ch'est inscrit ad'dans. Sinon vous ne pourrez passer le barrage du serveur vocal. Vocal pour la voix sub-gonadique qui vous guide tout au long de votre périple et refusera d'entendre la vôtre de voix, sans action préliminaire de la touche ad hoc. Direction Générale de la Concurrence et de la Répression des Fraudes oblige, vous êtes informés au bout de la minute réglementaire que votre appel vous sera facturé ... cents la minute.

France Telecom gagne la palme du surréalisme. Je me déplace à l'agence locale, orange et blanche déclinaison harmonique du logo - tout est inscrit dans un espace aisément repérable par le chalant potentiel - immédiatement accosté par l'accueillant de service et aiguillé et positionné dans la file d'attente avec un rassurant et compréhensif "on va s'occuper de vous". Je demande, cf. description plus haut faite de l'impétrant, téléphone et ADSL. L'offre promotionnelle comprend la télévision. Pour quelques euros de plus, la boîte magique qui fait le téléphone illimité et plus de chaînes encore. Une ombre de chagrin sur le visage de mon interlocuteur lorsque je décline la Livebox (live vous vous rendez compte ?). On m'assure le tout dans un délai de 48 heures après 48 minutes de manipulation informatique et de connexions échouées sur des serveurs overloadés ou en maintenance faut croire. Et là, paf, oyez bonnes gens, 48 heures après la ligne toute neuve et l'ADSL. Village global, je vous dis. Les choses se compliquent lorsque je veux en lieu et place de mon fidèle modem brancher le matériel TV ready. Notice de 2 mètres carrés dépliées, trois phrases de quatre mots et des illustrations grandeur nature. Simplification de la technologie oblige. Le dépliant est prévu pour s'adresser au QI d'une huître. Je branche le tout - facile avec les dessins et les couleurs. C'est lorsque je veux entrer mes paramètres de connexion, la chose qui fait que France Telecom sait que c'est moi seul et unique repérable client forcément heureux, que la chose me demande un mot de passe de configuration qui ne figure pas dans la documentation jointe. Le cas n'est pas prévu, sûrement, que l'on veuille utiliser le modem. Errare humanum est, je me résigne à appeler l'assistance technique. Deux minutes de parcours vocal et de manoeuvres de touches plus tard, Gregory me répond :

"Que puis-je pour vous ?
- J'ai un problème de configuration de modem,
- Oui. Votre numéro de ligne ?
- Le...
- Cette ligne ne sera pas en service avant une semaine.
- ??? Je vous appelle de cette ligne,
- Ce n'est pas possible.
- Vous pouvez me faire confiance (autant entrer dans le registre basique de la relation humaine, le Gregory a sûrement un coeur),
- Bien. Quel est la marque de votre modem ?
- Un...
- France Telecom ne commercialise pas ce type de modem.
- ??? Je vous envoie la facture par fax si vous désirez,
- Non. Ce n'est pas la peine. Ne quittez pas, je me renseigne.
-... (un euro plus tard),
- Monsieur ?
- Oui ?
- Essayez ce mot de passe ou celui là. Merci d'avoir choisi France Telecom."

Aucun des mots de passe ne fonctionne. Je rebranche mon ancien modem et oublie ma LigneTV. Après avoir été à deux doigts du statut de hacker de ligne téléphonique en possession d'un modem piraté et con au point de demander à France Telecom le pourquoi de l'échec de son hack.

GDF ex aequo. J'appelle le service distribution de GDF, parce que dans la configuration de mon espace privatif, le gaz est indispensable à la production d'eau chaude. Véronique que j'ai à la deuxième sonnerie me promet le gaz dans deux jours. J'appelle le matin du deuxième jour pour apprendre que mon appartement ne figure pas au registre des abonnés. J'explique que c'est un logement neuf. Trois services plus tard on me promet de me rappeler pour me fixer un rendez-vous. Information que me donnera un certain Paul un vendredi soir à 18h. Le technicien passera le lundi suivant entre 8h et 12h, peut être dans l'après-midi. Information aussi précise que l'impondérable humain. Lundi 10h, le technicien promis gare sa voiture bleue dans la cour de l'usine. L'eau chaude est proche, les amis. Il vérifie le compteur, la conformité de l'installation. Tout semble aller. Son sourcil se fronce, mauvais signe :

" Je ne peux pas vous mettre en service,
- Pourquoi ?
- Vous n'avez aucun appareil au gaz de branché.
- Si. La chaudière.
- Elle ne fonctionne pas.
- Ben non (finaud) : c'est une chaudière au gaz.
- Vous devez la faire fonctionner pour que je vous branche le gaz.
- (Un rien agacé). Je ne peux pas si vous ne l'alimentez pas en gaz !
- Ah oui, mais si ça explose c'est ma signature là sur le papier et c'est moi qu'aurait des ennuis.
- (En moi-même). Si ça explose, on mettra que nos morceaux devant un juge. (A haute voix) Mais vous avez le certificat de conformité de l'installation, délivré par un service qualifié. Ca ne devrait pas exploser.
- (Lui s'énervant) Eche papier là, y ne vaut rin. Chuis sûr qu'el gaillard du Qualigaz il est même pas passé, et qui ch'en fous qu'eche bazar y nous saute à la gafouelle.
- On reprend depuis le début. Vous ne voulez pas m'alimenter en gaz tant que vous n'avez pas vu fonctionner la chaudière au gaz branchée sur la colonne que vous devez mettre en service ?
- C'est bien ça, M'sieur.
- On fait comment ?"

Mon artiste plombier installateur appelé à la rescousse démêlera l'affaire. J'aurais l'eau chaude.

Contes de la sauvagerie ordinaire. Communiquante ? Que de la gueule, qu'il dirait mon pote. Que de la gueule. Nous avons rempli ce monde de mâchoires.

29 mai 2006

Présent

Transparent_grass
" Nous ne tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours, ou nous rappelons le passé pour l'arrêter comme trop prompt, si imprudents que nous errons dans les temps qui ne sont point les nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient, et si vains que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent d'ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu'il nous afflige, et s'il nous est agréable nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver.
Que chacun examine ses pensées. Il les trouvera toutes occupées au passé ou à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent, et si nous y pensons ce n'est que pour en prendre la lumière pour disposer de l'avenir. Le présent n'est jamais notre fin. Le passé et le présent sont nos moyens, le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux il est inévitable que nous ne le soyons jamais.
"

Blaise Pascal. Pensées. Fragment 43. ISBN 2-07-031625-4

Mila esker, Léo

Birds_freedom P.O.D.C.A.S.T.

Texte : Léo Ferré
Titre : Préface.

15 mai 2006

Chain my heart

Chaine
"Et puis elle est entrée dans la pièce. Elle y est restée à peu près un quart d'heure, et lorsqu'elle en est ressortie j'étais amoureux d'elle. Ce fut aussi abrupt, aussi définitif, aussi inattendu. J'avais lu des romans où se passaient des choses comme ça, mais j'avais toujours estimé que les auteurs exagéraient l'impact du premier regard - cet instant si abondamment décrit où l'homme contemple pour la première fois les yeux de sa bien-aimée. Pour un pessimiste-né dans mon genre, l'expérience fut un choc absolu. (...)
Rien ne peut expliquer un tel évènement, il n'existe aucune raison objective de tomber amoureux d'une personne plutôt que d'une autre. Grace était belle, mais même pendant ces tumultueuses premières secondes de notre première rencontre, quand, après lui avoir serré la main, je l'ai regardée s'installer dans un fauteuil près du bureau de Betty, je voyais bien qu'elle n'était pas extraordinairement belle, ce n'était pas l'une de ces déesses de cinéma qui vous subjuguent par l'éclat de leur perfection. Certes, elle était plaisante, frappante, agréable à regarder (quelque définition qu'on veuille donner à ces termes) mais, si violente que fût mon attirance, je savais que c'était plus qu'une simple attirance physique, que le rêve que je commençais à rêver était davantage qu'un sursaut momentané de désir animal. (...)
Mais je veux aller plus loin que le corps de Grace, plus loin que les réalités accessoires de sa personne physique. Les corps comptent bien sûr - ils comptent plus que nous ne voulons bien l'admettre - mais on ne tombe pas amoureux de corps, on tombe amoureux de ce que nous sommes, et si une grande partie de ce que nous sommes consiste en chair et en os, il y a aussi autre chose. Nous le savons tous, mais dès l'instant où nous passons au-delà d'un catalogue de qualités et d'apparences superficielles, les mots commencent à nous manquer, à s'émietter en confusions mystiques et en métaphores brumeuses dépourvues de substance. (...) cette essence vitale que nous nommons parfois l'âme est toujours communiquée à l'autre au moyen des yeux. Assurément, les poètes avaient raison d'insister là-dessus. Le mystère du désir commence lorsqu'on plonge les yeux dans les yeux de la personne aimée, car c'est là seulement que l'on peut entre apercevoir qui elle est.
Grace avait les yeux bleus. Un bleu intense, étoilé de traces de gris, avec peut-être un peu de brun, quelques soupçons de noisette en contraste. C'étaient des yeux complexes, des yeux qui changeaient de couleur en fonction de l'intensité et du timbre de la lumière qui les baignaient à un moment donné, et la première fois que je l'ai vue, ce jour-là, dans le bureau de Betty, je me suis dit que je n'avais jamais rencontré une femme qui donnait une telle impression de maîtrise de soi et de tranquillité dans son comportement, comme si Grace, qui n'avait pas encore vingt-septs ans à l'époque, étati déjà parvenue à un degré d'existence supérieur à celui du reste d'entre nous. (...)
Grace était jeune, mais elle avait une âme mûre et bien trempée et alors que, assis en sa compagnie ce premier jour dans les bureaux de Homst & McDermott, je la regardais dans les yeux et j'étudiais les contours de son corps, c'est çà dont je suis tombé amoureux : cette impression de calme qui l'entourait, le silence radieux qui brûlait en elle.
"

Paul Auster La nuit de l'oracle ISBN 2-7427-5833-X

27 avril 2006

Conspiração

Capture
"Pour que les jeunes gens se tiennent tranquilles, les hommes de quarante ans leur racontent que la jeunesse est le temps des surprises, des découvertes et des grandes rencontres et toutes leurs histoires sur ce qu'ils feraient s'ils avaient de nouveau vingt ans, leurs jeunes espoirs, leurs jeunes dents, leurs jeunes cheveux, avec leur fameuse expérience de pères, de citoyens et de vaincus. La jeunesse sait mieux qu'elle n'est que le temps de l'ennui, du désordre; pas un soir à vingt ans où l'on ne s'endorme avec cette colère ambiguë qui naît du vertige des occasions manquées. Comme la conscience qu'on a de son existence est encore douteuse et qu'on fait fond sur des aventures capables de vous prouver qu'on vit, les fins de soirées ne sont pas gaies; on n'est même pas assez fatigué pour connaître le bonheur de s'abîmer dans le sommeil : ce genre de bonheur vient plus tard.
Personne ne pense avec plus de constance à la mort que les jeunes gens, bien qu'ils aient la pudeur de n'en parler que rarement : chaque jour vide leur paraît perdu, la vie ratée. Il vaut mieux ne pas s'aventurer à leur dire que cette impatience est sans raison, qu'ils ont l'âge heureux et qu'ils se préparent à la vie. Ils vous répondront que c'est gai cette existence de larves en nourrice en attendant d'être de brillants insectes de cinquante ans. Tout pour les ailes futures : nous prenez-vous pour des hyménoptères? Quelle est cette morale d'insectes? A trente ans, c'est déjà fini, on s'arrange; comme on a commencé à s'habituer à la mort et qu'on fait plus rarement qu'à vingt ans le compte des années de reste, avec tout ce travail qu'on a, les rendez-vous, les politesses, les femmes, la famille, l'argent qu'on gagne, il arrive qu'on croit tout à fait à soi-même. La jeunesse a fait son temps, on va rendre de petites visites à cette morte, on la trouve touchante, heureuse, auréolée du pathétique halo des illusions perdues : tout cela est moins dur que de la voir mourir en vain, comme on fait à vingt ans.
"

Paul Nizan. La conspiration ISBN 2-07-036511-5

Ojo negro

Antilope P.O.D.C.A.S.T.

Texte : Jean Cosmos
Réalisateur : Bertrand Tavernier
Titre : La vie et rien d'autre. Copyright 1989; Hachette Première, Little Bear, AB films, Les films A2.

Factory 118

  • 15. Mezzanine
    La Factory 118 est une ancienne usine textile de la fin du XIX° à Roubaix. Après la crise de l'industrie textile dans le Nord, elle connut plusieurs avatars : le dernier en date étant un entrepôt de fleurs artificielles - jolie métaphore du déclin de la classe ouvrière. Inscrite au patrimoine de la ville, elle fait l'objet d'un programme de réhabilitation.

Habana Vieja

  • Fenêtre détail
    La Havane. Ville légendaire. Quelques instantanés retravaillés à partir d'une prise vidéo.

Les dessins de pierre

  • Prehistoire
    Extraits des fardes de Pierre, un après-midi à Bruxelles.
Ma Photo

Friends